À 34 ans, Julie Marchand gère 3 salons de coiffure en Bretagne, emploie 12 collaborateurs et dépasse le million d’euros de chiffre d’affaires. Tout a commencé à 16 ans avec un CAP en apprentissage, une passion pour les ciseaux et une envie farouche d’entreprendre. Retour sur 18 ans d’un parcours sans faute — ni sans embûches.
Les débuts — l’apprentissage et les galères
Julie entre en apprentissage en 2008, à 16 ans, dans un salon de Rennes. « Les premières semaines, je pleurais le soir. Je pensais que j’allais tout casser, que je n’étais pas à la hauteur. Mon maître d’apprentissage était exigeant, pas toujours gentil. Mais c’est lui qui m’a appris la rigueur. »
Elle obtient son CAP en 2 ans, avec mention. Enchaîne immédiatement avec le BP en alternance, toujours dans le même salon. À 20 ans, elle est titulaire du BP Coiffure et commence à se faire un nom dans l’équipe. « J’étais la plus jeune, mais j’étais celle qui proposait le plus d’idées. »
Après le BP, elle passe 4 ans comme coiffeuse salariée dans deux salons différents — l’un à Rennes, l’autre à Saint-Malo. « Ces années m’ont tout appris : la gestion de la relation client, les réalités commerciales d’un salon, comment manager sans être le patron. J’observais tout. »
L’ouverture du premier salon à 24 ans
En 2014, à 24 ans, Julie franchit le pas. Elle reprend un petit salon de 2 postes à Saint-Brieuc, en fonds de commerce, pour 28 000 €. « J’avais 8 000 € d’économies, un prêt bancaire et un prêt de ma famille. C’était serré. Les 6 premiers mois, je me suis pas payée. »
Mais le travail paie. Elle développe une clientèle fidèle en misant sur le bouche-à-oreille et une présence Instagram sérieuse dès 2015. En 18 mois, le salon tourne bien. Elle embauche une première collaboratrice, puis une deuxième.
« Ce qui m’a sauvée au début : ne pas toucher au fond de roulement. Chaque centime gagné au-dessus de mes charges allait dans une réserve. C’est ce qui m’a permis d’investir ensuite. »
La croissance — ouvrir un 2e puis 3e salon
En 2018, Julie ouvre son deuxième salon à Rennes, dans un quartier en développement. « Je connaissais la ville, j’y avais travaillé, j’avais des contacts. J’ai pris un local plus grand, 4 postes, avec une petite zone bien-être. »
Ce deuxième salon est plus ambitieux. Elle investit dans le design — mobilier haut de gamme, identité visuelle cohérente, logo repensé. « J’ai compris que l’image comptait autant que la technique. »
Le troisième salon arrive en 2022, à Lorient. Un rachat de fonds de commerce d’un collègue partant à la retraite. « À ce stade, j’avais un système qui fonctionnait. Je savais recruter, former, déléguer. Le troisième salon a été le plus facile à lancer. »
Le management d’équipe, le vrai défi
Julie est catégorique : « Le plus difficile dans la multi-site, c’est pas le financement ni la technique. C’est les gens. »
Elle a connu des démissions inattendues, des conflits d’équipe, une responsable de salon qui l’a quittée avec 3 clients la même semaine. « Ces expériences m’ont construit. Aujourd’hui, j’ai des process clairs pour le recrutement, l’intégration, l’évaluation. Je fais des points hebdomadaires avec chaque responsable de salon. Je suis présente mais pas omniprésente. »
Sa philosophie : former pour donner de l’autonomie, pas pour garder sous contrôle. « Si une collaboratrice est prête à ouvrir son propre salon, je l’aide. C’est mieux qu’une démission conflictuelle. »
Sa vision de la coiffure en 2026
Pour Julie, la coiffure est à la croisée des chemins. « Les clients veulent plus qu’une coupe. Ils veulent une expérience. C’est pour ça que j’ai intégré des services bien-être dans mes salons : Head Spa, massages crâniens, soins personnalisés. »
Elle voit aussi la pression des nouvelles plateformes de coiffure à domicile comme une opportunité : « Ça nous force à nous professionnaliser, à améliorer l’expérience en salon. Les gens qui veulent le moins cher cher iront ailleurs. Moi, je vise ceux qui veulent le meilleur. »
Ses conseils aux jeunes coiffeurs qui veulent entreprendre
- Attendez d’avoir le BP et au moins 3 ans d’expérience avant de vous installer — pas par obligation légale, mais parce que vous en avez besoin
- Étudiez votre secteur avant d’ouvrir : combien de salons dans la zone, quel positionnement, quelle clientèle potentielle
- Maîtrisez les chiffres : seuil de rentabilité, charges fixes, marge par prestation — un coiffeur qui ne comprend pas ses finances coule en 18 mois
- Construisez votre réseau dès maintenant : d’autres coiffeurs, votre banquier, votre comptable, la CMA de votre département
- Utilisez les réseaux sociaux sérieusement : un compte Instagram bien tenu vaut mieux qu’une pub dans le journal local
Conclusion
Le parcours de Julie Marchand n’a rien d’exceptionnel dans sa trajectoire technique — des diplômes, de l’expérience, un premier salon. Ce qui est exceptionnel, c’est la constance, la discipline financière et la capacité à se remettre en question. Des qualités que n’importe quel coiffeur déterminé peut cultiver. Preuve que le secteur de la coiffure reste un terrain fertile pour les entrepreneurs qui travaillent avec méthode.
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